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MELANOMES
- Les mélanomes sont des tumeurs malignes développées
à partir des mélanocytes, soit en peau saine, soit plus rarement à partir
d'un naevus préexistant. Il en existe plusieurs types. Le plus fréquent
dans la population blanche est le mélanome à extension superficielle
ou SSM - superficial spreading melanoma - (60 à 70 % des mélanomes).
EPIDEMIOLOGIE
- La fréquence du mélanome augmente plus que celle de tout autre
cancer (doublement ces dix dernières années).
- Son incidence est très variable selon la latitude et la composition
ethnique des populations (pour 100.000 habitants : 0,4 en Afrique
Noire, 0,8 en Asie, 4 en Europe, 8 aux USA, 40 en Australie).
- Il est exceptionnel chez l'enfant, rare avant 20 ans. Au-delà,
il survient à tous les âges. Le sex-ratio en France (F/H) est
de 1,4. Les femmes sont touchées en moyenne 3 à 5 ans plus tôt
que les hommes.
- La plupart des mélanomes ne semble pas avoir de précurseur et
se développent en peau saine. Une minorité proviendrait de la
dégénérescence de naevus bénins préexistants.
- Deux formes anatomocliniques de naevus sont considérés comme
des précurseurs épidémiologiques :
- les naevus congénitaux de grande taille, exceptionnels exposant
au risque de mélanome dans plus de la moitié des cas avant
l'âge de 10 ans ; ceux de petite taille ayant un potentiel
de dégénérescence mal établi,
- les naevus acquis dysplasiques, particulièrement dans les
familles de mélanome héréditaire en sachant que la proportion
de mélanome naissant d'un naevus dysplasique reste mal appréciée.
- L'apparition et/ou le développement des mélanomes sont favorisés
par :
- des facteurs génétiques multiples responsables entre autres
du phototype et de mélanomes familiaux (syndrome du naevus
dysplasique, xeroderma pigmentosum),
- les expositions solaires en salves intermittentes intenses
responsables de brûlures, en particulier pendant l'enfance
ou l'adolescence,
- les traumatismes, classiquement invoqués, ayant en fait
un rôle mineur, voire nul,
- l'immunodépression (infection par le VIH, chimiothérapie).
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DEPISTAGE
- La détection précoce du mélanome devrait être assurée par un dépistage
systématique auquel le mélanome se prête particulièrement pour les raisons
suivantes :
- mortalité et prévalence élevée d'où une "rentabilité" en terme
de santé publique,
- examen facile et peu onéreux de toute la surface corporelle,
- existence d'une phase à extension superficielle de plusieurs
mois ou années dans le SSM, durant laquelle la simple exérèse assure
un taux de guérison élevé,
- mise en évidence de facteurs constitutionnels ou exogènes favorisants
permettant de définir une population "à risques".
- Plusieurs questions sont encore non résolues :
- sur quelle population faut-il faire ce dépistage ?
- population entière,
- sujets à très haut risque (peau blanche, phototype clair,
naevus dysplasiques, mélanome familial) ?
- qui doit effectuer le dépistage ?
- dermatologues,
- médecins généralistes,
- personnel paramédical,
- population entière ?
- quel doit être le rythme du dépistage ?
- examen annuel pour les sujets à haut risque,
- examen tous les 3 ans pour les autres ?
- qui devrait assurer le financement d'un dépistage systématique
à grande échelle ?
- comment assurer le suivi des sujets dépistés ?
DIAGNOSTIC
- Il se pose différemment suivant le type de mélanome
A - MELANOME A EXTENSION SUPERFICIELLE
OU SSM (SUPERFICIAL SPREADING MELANOMA)

- C'est la forme la plus fréquente, d'évolution biphasique comportant
un temps variable d'extension horizontale intra-épidermique (2 à 5 ans)
auquel succède une phase d'invasion verticale intradermique. Il ne faut
pas attendre cette phase d'invasion verticale pour faire le diagnostic.
- Devant une tache pigmentée, les arguments en faveur du diagnostic
de SSM sont :
- l'asymétrie,
- les bords irréguliers avec des contours indentés polycycliques
encochés par des incisures,
- la couleur hétérogène (zones noires, marrons ou roses),
- le diamètre supérieur à 6 mm,
- le caractère évolutif avec extension progressive en surface.
- La présence d'une infiltration nodulaire signe l'extension verticale
du mélanome et son diagnostic trop tardif.
- L'abécédaire, diffusé par les campagnes d'information américaine,
a le mérite de fixer l'attention sur les points les plus importants
(tableau I).
TABLEAU I : SIGNES EVOCATEURS
| A |
Asymétrie |
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| B |
Bords irréguliers |
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| C |
Couleur |
hétérogène
bleu-noir
blanc-bleu rouge (rouge brique ou orangé), rose brillant
> 6 mm |
| D |
Diamètre |
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| E |
Extension |
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+ toute modification récente :
augmentation de taille,changement de couleur,
épaississement de la surface, prurit,
picotement, ulcération, saignement.
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B -MELANOME NODULAIRE
- C'est une forme plus rare, d'emblée invasive
(sans phase d'extension horizontale), de pronostic redoutable.
- Il réalise un nodule noir infiltré, saignotant
facilement. Parfois il est achromique, de diagnostic difficile, alors
plus souvent observé sur la plante du pied, le cuir chevelu, le lit
de l'ongle.
C -MELANOME DE DUBREUILH

- Il s'agit d'un mélanome intra-épidermique.
- La mélanose de Dubreuilh se présente comme
une tache assez large, de couleur inhomogène, à contours irréguliers,
apparaissant presque exclusivement sur le visage des sujets de plus
de 50 ans, avec une longue phase d'extension superficielle (5 à 15 ans).
- L'apparition d'un nodule ou d'une plaque irrégulière
noire très foncée signe la transformation.
D - AUTRES FORMES CLINIQUES
- Mélanome lentigineux des extrémités : ils représentent
5 % des mélanomes chez les blancs et 60 % chez les noirs et les asiatiques.
Leur phase radiale est longue et leur phase verticale agressive. L'atteinte
palmo-plantaire est plus fréquente que l'atteinte unguéale réalisant
une bande noire extensive avec volontiers une pigmentation du repli
sous-unguéal. On en rapproche le mélanome des muqueuses, mucolentigineux.
- Mélanome verruqueux de diagnostic parfois difficile
avec une kératose séborrhéique.
- Halo-mélanome entouré de zones dépigmentées.
E - DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
1. Naevus
- Les naevus sont caractérisés par la prolifération
dans la peau de mélanocytes ou cellules naeviques, souvent regroupées
en thèques.
- Ils sont rares à la naissance (naevus congénitaux)
et apparaissent le plus souvent dans l'enfance ou l'adolescence Ils
s'étendent et se modifient volontiers lors de la puberté, la grossesse
ou après expositions solaires. Leur nombre est maximal chez l'adulte
jeune, puis ils disparaissent peu à peu chez le vieillard. La plupart
des naevus restent bénins.
- L'aspect clinique des naevus est très polymorphe
; leur taille, leur forme, leur couleur, leur consistance, leur pilosité,
leur topographie (ubiquitaire) sont très variées.
- Plusieurs types sont bien individualisés :
- le naevus lenticulaire : papule lenticulaire
lisse de couleur foncée ou claire, classique "grain de beauté",
- le naevus en dôme : saillie bombée, ferme,
noire, lisse,
- le naevus mollusciforme : tumeur sessile,
mûriforme, brun noir, simulant une kératose séborrhéique,
- le naevus tubéreux ou verrue molle : tumeur
saillante, sessile ou pédiculée, de couleur variable, souvent pileuse.
- Certaines formes cliniques sont particulières,
tels :
- le halonaevus de Sutton où le naevus est
entouré d'un halo achromique, d'évolution souvent régressive,
- le naevus bleu en dôme, dont la couleur
bleutée est liée à la prolifération dermique profonde des cellules
naeviques,
- les naevus dysplasiques. Ils sont définis
par des critères histologiques : naevus jonctionnel avec présence
d'une dysplasie mélanocytaire intra-épidermique. La corrélation
entre les critères histologiques qui définissent la dysplasie et
les critères cliniques qui l'évoquent est médiocre. Aussi parle-t-on
de naevus cliniquement atypiques du fait de leur grande taille,
de leur couleur inhomogène, de leur teinte brun-rougeâtre et de
leurs bords mal limités ou irréguliers. Le risque de mélanome lié
à la présence de naevus dysplasique est important en cas d'antécédent
familial de mélanome, beaucoup plus faible en son absence.
2. Tumeurs noires non mélanocytaires
a) Kératoses séborrhéiques

- elles sont très nombreuses chez les sujets
âgés,
- de couleur variée, du café-au-lait au
noir, planes ou kératosiques, voire franchement verruqueuses, elles
sont caractérisées par leur surface (petits puits comblés de kératine)
et leur caractère superficiel (permettant leur soulèvement à la curette).
b) Histiocytofibromes
- ils donnent des nodules durs, enchâssés dans
le derme, siégeant volontiers sur les membres inférieurs des femmes.
Leur pigmentation est inconstante.
c) Angiomes thrombosés
- ils se constituent très rapidement, surtout
chez les sujets jeunes, formant des nodules très noirs, parfois entourés
d'un halo inflammatoire, en dessous desquels les angiomes profonds sont
difficilement perceptibles.
d) Carcinomes baso-cellulaires tatoués
- ce diagnostic se pose surtout devant une lésion
pigmentée d'une zone exposée, en l'absence des perles satellites caractéristiques
des carcinomes baso-cellulaires.
- Au moindre doute diagnostique, ces tumeurs
doivent être enlevées avec examen histologique de la pièce d'exérèse.
3. Autres lésions
a) Botriomycomes et carcinomes spinocellulaires
- ces tumeurs peuvent poser un problème de diagnostic
différentiel avec les mélanomes achromiques,
- les botriomycomes correspondent à des bourgeons charnus exubérants,
apparus après un traumatisme et théoriquement délimités par un sillon,
- les carcinomes spino-cellulaires peuvent revêtir des aspects cliniques
variés ; la notion de facteur favorisant doit être recherchée.
b) Hémorragies sous-unguéales
- elles apparaissent après un traumatisme qui
peut être méconnu,
- leur couleur est plus rouge ou rouge violacé que noire. La lésion
progresse vers le bord distal de l'ongle avec sa croissance ; ce dernier
critère ne peut être retenu en cas de lésion récente. Au moindre doute
l'ablation de la tablette et une biopsie doivent être faites.
EVOLUTION
- L'évolution spontanée d'un mélanome est très variable dans le temps.
Certaines tumeurs progressent rapidement alors que d'autres évoluent
sur plusieurs années avec des régressions et plus rarement des guérisons
spontanées. L'évolution spontanée habituelle est marquée par un envahissement
local avec extension possible à la peau adjacente ou à distance, aux
ganglions régionaux et apparition de métastases, habituellement multiples.
Tissus mous, poumons, foie, cerveau sont dans cet ordre les localisations
métastatiques les plus fréquentes. L'atteinte osseuse est plus tardive
; tous les organes sont susceptibles d'être atteints secondairement.
- La majorité des métastases survient entre 2 et 5 ans après le traitement
de la tumeur primitive. Il en existe cependant de très précoces et de
très tardives.
PRONOSTIC
- Le pronostic d'un mélanome dépend :
- de son épaisseur en millimètre, mesurée par l'histologiste (indice
de Breslow), Cf. figure n° 34
- facteur pronostique essentiel (tableau II),
- du niveau d'invasion en profondeur de la tumeur (niveau de Clark),
Cf. figure n° 35
- de l'activité mitotique (nombre de mitoses/mm²),
- de sa localisation ; les mélanomes de la tête et du cou, des extrémités
et des muqueuses récidivent plus souvent localement que ceux du tronc
et des membres,
- du sexe du patient (meilleur pronostic chez la femme),
- du type anatomoclinique de la tumeur (gravité décroissante: mélanome
nodulaire, SSM, mélanome sur mélanose de Dubreuilh),
- de l'extension régionale, stade I : tumeur primitive isolée, stade
II : envahissement ganglionnaire régional ou métastases en transit,
- de la présence de métastases, autre facteur pronostique déterminant
(stade III).
Tableau II
Corrélations entre l'indice de Breslow et la survie à 5 ans d'après une
série de 15 798 mélanomes au stade I, selon Balch & Milton : Cutaneous
melanoma, Lippincott Co., Philadelphia, 1985)
| Epaisseur tumorale |
< 0,75 mm |
96 % |
% de survie
à 5 ans |
| 0,76 à 1,49 mm |
87 % |
| 1,50 à 2,49 |
75 % |
| 2,50 à 3,99 mm |
66 % |
| > 4 mm |
47 % |
TRAITEMENT
- L'exérèse de la tumeur doit être la plus précoce possible. Le bilan
initial doit comprendre un examen clinique complet en particulier avec
palpation de toutes les aires ganglionnaires. Le bilan préthérapeutique
dépend de l'extension du mélanome et a été précisé récemment dans une
conférence de consensus. La faible rentabilité des examens paracliniques
incite à les considérer comme inutiles à titre systématique, pour les
mélanomes de stade 1, soit 80 % des patients. Néanmoins, en raison de
leur simplicité, une radiographie pulmonaire et une échographie hépatique
sont tout de même conseillées par certains, dans le cadre de la prise
en charge globale du malade.
- Les limites de l'exérèse chirurgicale sont déterminées en fonction
de l'épaisseur de la tumeur, c'est à dire de l'indice de Breslow (<
1 mm = marge de 1 cm ; 1-2 mm = marge de 2 cm ; > 2 mm = marge de 3
cm ; des marges supérieures n'ont pas fait preuve de leur utilité).
Lorsqu'il n'y a pas d'adénopathie palpable, le curage ganglionnaire
systématique n'améliore pas le pronostic, ainsi que d'éventuelles chimiothérapies
adjuvantes. Au stade II un curage ganglionnaire complet est généralement
recommandé.
- Une chimiothérapie est utilisée en cas de métastase unique inextirpable
chirurgicalement ou de métastases multiples. Le mélanome est peu sensible
à la chimiothérapie. Aussi de nombreux protocoles existent. Les antimitotiques
les plus utilisés sont la dacarbazine (DéticèneÒ) et la fotémustine
(MuphoranÒ) en cas d'atteinte cérébrale. Les protocoles actuels comprennent
également l'association d'interféron alpha, d'interleukine-2 ou de cisplatine
selon les cas.
- Des études préliminaires semblent montrer l'efficacité de l'interféron
alpha à très fortes doses (20 M d'unités par jour) en traitement adjuvant
du mélanome épais ou métastatique. La réponse est généralement plus
favorable dans les métastases cutanéo-ganglionnaires que viscérales.
Figure n° 34
Mesures de l'épaisseur en mm d'un mélanome malin
(indice de BRESLOW) : facteur pronostique essentiel

Figure n° 35
Mélanomes malins : niveau d'envahissement
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POINTS FORTS
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- Tumeur en progression constante.
- Peu de ressources thérapeutiques, d'où l'importance
d'un dépistage précoce.
- Il survient plus souvent en peau saine
que sur naevus préexistant.
- Jamais de biopsie mais exérèse de la
lésion suspecte dans sa tota-lité, puis reprise chirurgicale en
fonction de l'indice de Breslow (sauf cas particulier de la mélanose
de Dubreuilh).
- L'indice de Breslow est le facteur pronostique
majeur des méla-nomes.
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