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HEMORRAGIE GENITALE
A - DEFINITION
- Hémorragie génitale : tout saignement survenant en dehors
des règles normales.
- Elle impose un bilan étiologique qui s’efforcera de rechercher
une grossesse ou un cancer.
- Les orientations diagnostiques peuvent être abordées
différemment en fonction des périodes de la vie génitale.
Nous aborderons les hémorragies génitales chez la fillette,
en période pubertaire, en période d’activité génitale,
puis enfin en péri-ménopause/post-ménopause.
- Pour chacune de ces périodes, nous étudierons l’étage,
vulvaire, vaginal, cervical, utérin, et annexiel.
- Définition de règles normales :
la durée moyenne d’un cycle est de 28 à 30 jours. Les
cycles doivent être réguliers, avec une variation tolérée
de quelques jours. La durée moyenne des règles est de
3 à 7 jours. Leur abondance est difficile à chiffrer,
évaluée à 35 ml en moyenne. Les règles sont
faites de sang rouge, incoagulable (pas de caillots).
- Les différents termes en rapport avec une anomalie des règles
sont définis au début de l’ouvrage.
B - Hémorragie
génitale chez la fillette
- La démarche n’est pas toujours facile, mais l’interrogatoire
et l’examen clinique doivent rester complet :
- examen des organes génitaux externes, avec une appréciation
de l’évolution pubertaire,
- mise en place d’un spéculum de vierge pour recherche l’origine
du saignement,
- toucher rectal pour apprécier le volume, la consistance de
l’utérus et une éventuelle masse annexielle,
- l’examen, s’il ne retrouve pas de cause évidente, peut être
complété par une échographie par voie abdominale,
- il faut penser dans certains cas aux abus sexuels.
1. Au niveau vulvaire
- Vulvites et vulvovaginites à germes banals : il
faut éliminer une infection sur corps étranger.
- Lésions vulvaires : elles peuvent être traumatiques
ou provenir d’une lésion organique. Il faut alors rechercher
un polype muqueux, une tumeur vasculaire…
2. Au niveau vaginal
- Vaginites : à germes banals. Il faut également
éliminer un corps étranger.
- Lésions vaginales : elles peuvent être traumatiques
ou organiques. Les lésions organiques sont des kystes, une adénose
vaginale ou un adénocarcinome vaginal à cellules claires.
Ces deux derniers sont en rapport avec l’exposition in utero (à
l’état fœtal) au Distilbène® (œstrogènes).
L’adénose est la présence de tissus glandulaire au sein
de l’épithélium malpighien vaginal
3. Au niveau cervical
- Principalement, les lésions organiques telles que les polypes,
ou les tumeurs, comme l’adénocarcinome à cellules claires
également en rapport avec l’exposition in utero au Distilbène®.
4. Au niveau utérin
- En dehors de la période prépubertaire, les principales
causes à envisager sont les troubles endocriniens et l’absorption
d’œstrogènes, qu’il soit volontaire ou non. Ces hémorragies
génitales peuvent être la conséquence d’une puberté
précoce, d’une tumeur hypophysaire…
5. Au niveau annexiel
- Principalement les tumeurs annexielles, surtout si ce sont des tumeurs
endocriniennes sécrétantes.
C - Hémorragie
génitale à la puberté
- Toutes les causes citées au chapitre précédent
sont possibles. Nous nous attarderons sur les causes plus spécifiques
à la période pubertaire.
- Les causes ici sont principalement utérines, en rapport avec
une immaturité hypothalamique.
- Ce sont des causes fonctionnelles, sans lésion sous-jacente.
Les cycles peuvent être anovulatoires, ou plus souvent dysovulatoires.
- L’interrogatoire est important, il recherche :
- la date des premières règles (ménarches),
- la durée et la régularité des cycles,
- l’existence d’un terrain hémorragique,
- la notion de rapports sexuels et de contraception
- L’écueil est de passer à côté
d’une grossesse, qu’elle soit évolutive ou non, intra-utérine
ou ectopique.
- Le bilan comportera au moindre doute un dosage de
b-hCG plasmatiques.
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- En dehors de la grossesse, les causes utérines d’hémorragie
génitales sont les suivantes :
a) Insuffisance lutéale majeure
- C’est l’insuffisance d’imprégnation en progestérone
de l’endomètre en deuxième partie de cycle. Elle est
responsable d’un mauvais développement de l’endomètre
en deuxième partie de cycle, l’endomètre desquamant
de façon anarchique. Le traitement repose sur la prescription
de progestatif en deuxième partie de cycle (du 16ème
au 25ème jour).
b) Atrophie endométriale
- Par absence totale de sécrétion hormonale.
- Le bilan complémentaire doit rester simple, et débuter
par une courbe ménothermique, puis une échographie
et des dosages hormonaux (FSH, LH, prolactine…). La courbe ménothermique
recherche une courbe biphasique, témoignant d’une ovulation,
et la qualité de la deuxième phase, témoignant
de la bonne sécrétion de progestérone.
D - Hémorragie
génitale à la période d’activité génitale
- Le plus important est d’attribuer ces saignements à une
cause gravidique ou non. Les métrorragies liées à
la grossesse sont traitées dans les questions métrorragies
du premier trimestre et métrorragies du troisième trimestre.
1. Pour rappel, les causes de métrorragies
de début de grossesse sont :
a) La grossesse intra-utérine évolutive
- Les saignements sont fréquents, sans qu’il y ait de décollement
trophoblastique (hématome). L’échographie ou l’évolution
des b-hCG en fonction du terme confirmeront
l’évolutivité de la grossesse.
b) La grossesse intra-utérine arrêtée
- Qu’il y ait un embryon ou pas (œuf clair) à l’échographie,
que l’œuf ne soit pas ou que partiellement en voie d’expulsion, toutes
ces circonstances peuvent être responsables de saignements. Il
faut que le diagnostic soit précis pour que le traitement soit
adéquat.
c) La grossesse extra-utérine
- Développement d’un œuf en dehors de la cavité endométriale.
Elle est redoutable car peut engager le pronostic vital de la femme.
Le diagnostic repose sur la clinique, la biologie et l’échographie.
le traitement est le plus souvent coelioscopique.
d) La môle hydatiforme
- C’est un développement anormal du trophoblaste. Les métrorragies
sont associées à des images échographies évocatrices
et à un taux anormalement élevé de b-hCG.
2. Les hémorragies génitales d’origine
organique en dehors de la grossesse
a) Les causes vulvovaginales
- Elles peuvent être traumatiques : lésions
de l’hymen post-coïtales ou lésions vaginales post-coïtales.
Ces lésions peuvent être très hémorragiques.
- Ulcérations vulvaires.
- Lésions de vulvovaginite aiguë, avec une muqueuse
fragile et saignant facilement.
b) Les causes cervicales
- Cancer invasif du col (QS). Il doit être évoqué
de principe, que les métrorragies soient caractéristiques
ou non. Une grosse ulcération, un bourgeon irrégulier
ou un gros col anormal au spéculum est évocateur. La
biopsie, orientée ou non par un examen colposcopique, confirmera
le diagnostic.
- Lésion traumatique : touchant le plus souvent
la lèvre postérieure du col.
- Ectropion : un ectropion qui saigne est le plus souvent
un ectropion infecté (cervicite).
- Endométriose cervicale : le diagnostic est le
plus souvent clinique, avec à l’examen au spéculum des
nodules sous-muqueux hémorragiques dont le volume et l’aspect
évoluent avec le cycle. Ces lésions sont le plus souvent
à respecter, ou peuvent être traitées chirurgicalement.
- Polype de l’endocol accouché par le col : c’est
le plus souvent un petit polype muqueux, les polypes fibreux étant
plus fréquemment d’origine endo-utérine. Un bilan hystéroscopique
est facilement demandé.
c) Les causes endo-utérines :
- Les infections : l’endométrite est responsable
de saignements génitaux, qu’il y ai ou non un facteur associé
tel qu’un stérilet. Elle peut survenir dans la période
du post-partum ou du post-abortum. Elle associe un gros utérus
douloureux à des leucorrhées louches, voire purulentes,
et des métrorragies. Elle est accompagnée de signes
généraux et biologiques infectieux. Les germes en causes
dans l’endométrite sont les germes banaux, le Chlamydia dans
le cadre d’une salpingite ou une mycobactérie dans le cadre
d’une tuberculose génitale.
- Les fibromes utérins : tumeurs bénignes
du myomètre, ils sont classiquement associés à
des ménorragies ou des ménométrorragies. Ce n’est
pas le fibrome qui saigne, en dehors des fibromes sous-muqueux mais
l’hyperplasie endométriale associée.
- Les polypes : les saignements peuvent provenir du polype
ou d’une hyperplasie endométriale associée. Le diagnostic
repose soit sur l’imagerie (hystérosalpingographie ou échographie),
soit sur l’hystéroscopie. la résection se fait soit
lors d’un curetage, soit lors de l’hystéroscopie. Une étude
histologique du polype est systématique.
- Le cancer de l’endomètre : la fréquence
augmente avec l’âge. c’est le plus souvent un adénocarcinome
associé à un terrain particulier (obésité,
HTA, diabète, déséquilibre hormonal…). Il est
souvent responsables de saignements (voir question).
- Endométriose : appelée adénomyose
quand elle apparaît à l’intérieur du myomètre.
Cliniquement on retrouve un gros utérus durs et fibreux, ainsi
que des ménorragies associées à des dysménorrhées.
- En rapport avec un stérilet : le stérilet
entraîne des métrorragies, mais surtout des ménorragies.
Il peut être responsable d’une anémie chronique par carence
martiale consécutive aux saignements. Il n’est pas forcement
déplacé mais entraîne des désordres métaboliques
au niveau endométrial expliquant le saignement. Le stérilet
contenant un progestatif ont tendance à diminuer le volume
des règles.
d) Les causes annexielles :
- Les salpingites : elles peuvent être responsables
de métrorragies, quelque soit le germe en cause. Le bilan sera
infectieux, échographique et le plus souvent complété
par une cœlioscopie. Ne pas oublier les salpingites d’origines tuberculeuses.
- L’endométriose externe : elle est responsable
de ménorragies, de dysménorrhées et de stérilité.
Le diagnostic est posé à l’hystérosalpingographie
et surtout lors de la cœlioscopie qui retrouve des nodules bleutés
(muqueuse de type endométriale) au niveau des annexes.
- Les tumeurs de la trompe : rares, elles peuvent être
responsables de saignements.
- Les tumeurs ovariennes : elles peuvent donner des saignements
du fait de métastases utérines ou de sécrétions
hormonales.
3. Les hémorragies génitales fonctionnelles
- Elles sont d’origine utérine.
- Ce sont des hémorragies très fréquentes, surtout
aux âges extrêmes de la vie génitale. Les hémorragies
fonctionnelles sont des saignements sans lésion sous-jacente.
Elles sont la conséquence d’une mauvaise régulation hormonale
de l’endomètre, celui-ci ne se comportant plus normalement. Ce
déséquilibre hormonal, entre les œstrogènes et
la progestérone, peut survenir spontanément ou être
iatrogène.
- Le diagnostic d’hémorragie utérine fonctionnelle doit
rester un diagnostic d’élimination. l’interrogatoire et l’examen
clinique doivent passer en revue toutes les autres causes d’hémorragies
utérines. Ils seront complétés par une courbe ménothermique
(y a-t-il une ovulation et si oui, quand ?) et de dosages hormonaux
(LH, FSH, prolactine, voire progestérone et œstradiol). Enfin
dans le doute on peut s’aider d’une biopsie de l’endomètre pour
apprécier son imprégnation hormonale et sa synchronisation
avec le cycle.
a) Hémorragies fonctionnelles isolées
- En milieu de cycle : ce sont des hémorragies
contemporaine de l’ovulation par chute brutale des œstrogènes
lors de la rupture du follicule. Elles sont traitées par une
œstrogénothérapie du 10ème au 15ème
jour du cycle.
- Hémorragies prémenstruelles : liées
à un corps jaune inadéquat, qui ne sécrète
pas assez longtemps de la progestérone. Elles peuvent être
associées à un syndrome prémenstruel. Le traitement
repose sur la prescription de progestatifs en deuxième partie
de cycle.
- Hémorragies anarchiques : elles sont liées
à une chute du taux d’oestradiol lors de cycles anovulatoires.
Elles sont traitées, s’il y a désire de grossesse, par
une induction de l’ovulation. En dehors d’un désir de grossesse,
le cycle peut être régularisé par des oestro-progestatifs.
b) Hémorragies fonctionnelles iatrogènes
- Elles sont liées à la prescription d’une minipilule
(trop peu d’œstrogènes), d’une micropilule (dysovulation et
légère atrophie de l’endomètre), d’un stérilet
ou d’anticoagulants.
- IL faut toute fois éliminer une cause organique avant de
porter le diagnostic d’hémorragies fonctionnelles.
c) Hémorragies fonctionnelles en rapport
avec une anomalie constitutionnelle de l’hémostase.
E - Hémorragies
génitales à la ménopause
- Le soucis est de ne pas passer à côté d’un
cancer.
- La ménopause comprend :
- la préménopause : cycles irréguliers
et dysovulatoires, accompagnés d’hémorragies le plus
souvent fonctionnelles,
- la postménopause où toutes métrorragies doivent
être considérées comme organiques. La post ménopause
est une période qui débute deux ans après les
dernières règles.
1. Hémorragies d’origine organique
a) Les causes vulvaires
- Cancer de la vulve, et autres causes déjà citées.
b) Les causes vaginales
- Lésions vaginales : vaginite sénile par
atrophie consécutive à une carence en œstrogènes
ou tumeur du vagin, quelle soit primitive ou secondaire.
c) Les causes cervicales
- Le cancer du col : à ne pas méconnaître
à cet âge
- Les ulcérations traumatiques et cervicites : dans
le cadre de prolapsus ou d’infection sur un terrain atrophique.
- Les polypes cervicaux : ils justifient une exploration
complète du fait de l’existence de polypes sentinelles
de cancer de l’endomètre.
d) Les causes utérines
- Le cancer de l’endomètre : il justifie à
lui seul toutes les explorations. C’est une adénocarcinome.
Le terrain est la femme obèse, hypertendue et diabétique.
Le diagnostique est confirmé histologiquement sur biopsie
orientée par une hystérosalpingographie ou lors d’une
hystéroscopie.
- Le sarcome utérin : rare, il est de pronostic
plus défavorable que l’adénocarcinome.
- Le polype muqueux de l’endomètre : sont traitement
est chirurgical, lors d’un curetage ou d’une hystéroscopie.
il sera toujours adressé en histologie pour confirmation de
sa bénignité.
- Le fibrome utérin : sans grande particularité.
e) Les causes annexielles
- Les tumeurs de la trompe : rare et de diagnostic difficile.
- Les tumeurs de l’ovaire : elles peuvent entraîner
des métrorragies qu’elles soient endocriniennes sécrétantes
ou non.
2. Les hémorragies d’origine fonctionnelles
a) L’hyperplasie de l’endomètre
- Expliquée par la persistance de sécrétion d’œstrogène
et de l’absence de progestérone : c’est le tableau d’hyper-oestrogénie
relative. Le diagnostic et le bilan seront fait par l’échographie,
l’hystéroscopie et/ou l’hystérosalpingographie. le traitement
repose sur les progestatifs.
b) L’atrophie endométriale
- Souvent plus tardives par rapport aux saignements sur hyperplasie,
les métrorragies sont de plus faibles abondance et plus fréquentes.
Le bilan sera le même, toujours pour éliminer un cancer
de l’endomètre. Son traitement repose sur l’oestrogénothérapie
substitutive ou sur l’endométrectomie.
3. Les hémorragies iatrogènes
- Elles sont liées à un traitement hormonal (substitutif
ou non) ou à des anticoagulants.
- On s’efforcera de toute façon d’éliminer ici encore
un cancer de l’endomètre.
SCHEMA RECAPITULATIF
DES HEMORRAGIES GENITALES AVANT ET AU MOMENT DE LA PUBERTE

Schéma récapitulatif
des hémorragies génitales à la période d’activité
génitale

Schéma récapitulatif
des hémorragies génitales à la période ménopausique

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