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SPLENOMEGALIE
- L'étiologie d'une splénomégalie
relève de maladies variées. Pour approcher le diagnostic
étiologique, le clinicien est guidé par les données
de l'interrogatoire, par l'examen clinique à la recherche d'une
hépatomégalie, d'adénopathies périphériques
ou de signes d'hypertension portale et par des examens complémentaires
simples comme la numération formule sanguine, la vitesse de sédimentation,
le bilan hépatique et l'échographie abdominale.
DIAGNOSTIC
A - CIRCONSTANCES
DE DECOUVERTE
1. Le plus souvent,
la splénomégalie est indolore.
- Elle peut être découverte
de manière fortuite par l'examen clinique ou devant un tableau
clinique évocateur conduisant à la recherche d'une grosse
rate (fièvre, hépatomégalie, adénopathie
périphériques, ictère cutanéo-muqueux).
Parfois la splénomégalie est révélée
par des troubles fonctionnels (pesanteur de l'hypochondre gauche, douleur,
constipation...).
2. Les complications
peuvent être révélatrices
a) L'infarctus
splénique
- Il se manifeste par des douleurs
du flanc et/ou basithoraciques gauches. La fièvre est souvent
présente. L'échographie ou le scanner confirme le diagnostic.
b) La
rupture de rate
- Elle se manifeste par un tableau
de choc hémorragique souvent précédé par
des douleurs qui doivent faire rechercher un hématome sous
capsulaire splénique par l'échographie ou le scanner
(rupture en 2 temps +++).
c) L'hypersplénisme
définit certaines manifestations pathologiques liées
à la seule augmentation de volume de la rate.
- Toute splénomégalie,
quelles que soient sa cause et son importance, peut être responsable
d'une cytopénie. Celle-ci est liée à une séquestration
splénique, anormale pour les globules rouges ou les globules
blancs, et excessive pour les plaquettes, avec parfois hyperdestruction
et raccourcissement de la durée de vie.
- L'hypersplénisme se traduit
par :
- une anémie d'intensité
variable habituellement peu marquée avec un taux de réticulocytes
légèrement augmenté (100 à 150 x 109/l)
; elle est la conséquence d'une séquestration splénique
des hématies mesurable par des épreuves isotopiques
(chrome 51, technitium 99) , il existe souvent des stigmates d'hémolyse,
elle peut être aggravée par l'hémodilution,
- une thrombopénie
et une leuconeutropénie habituellement modérées,
par séquestration splénique. Les plaquettes sont
rarement inférieures à 50.10 s/l et la neutropénie
est de l'ordre de 1,5 à 4 x 109/l.
d) Hémodilution
- Proportionnelle au volume splénique,
elle apparaît lorsque la rate atteint 2 % du poids corporel.
- Elle est cependant inconstante
et dépend de l'étiologie de la splénomégalie.
- Elle semble en rapport avec
l'augmentation du débit sanguin splénique puis du volume
sanguin splanchnique, avec hypovolémie et stimulation du système
rénine-angiotensine.
- Elle est responsable d'une fausse
anémie ou contribue à majorer une anémie pré-existante
dont l'importance est quantifiée par la mesure isotopique de
la masse globulaire plasmatique.
- Le retentissement hémodynamique
et notamment cardiaque (insuffisance cardiaque à débit
élevé) peut faire discuter, dans certains cas, la splénectomie.
e) Hypertension portale
(mais c’est surtout une cause de splénomégalie +++)
- L'augmentation du débit
sanguin splénique peut se compliquer de manifestations en amont
régressives après splénectomie (varices oesophagiennes
ou tubérositaires...).
f) Autres
conséquences
- On pourra observer d'autres
anomalies : diminution du taux de facteur V et/ou du taux de cholestérol...
- Enfin, une splénomégalie
peut diminuer l'efficacité des transfusions sanguines (globules
rouges et plaquettes +++).
B - L'EXAMEN CLINIQUE
PERMET LE PLUS SOUVENT LE DIAGNOSTIC DE LA SPLENOMEGALIE
- Toute rate palpable est pathologique
(sauf rares cas de malpositions).
- Le plus souvent facile : la palpation
en décubitus dorsal ou latéral doit retrouver une masse
de l'hypochondre gauche, antérieure, superficielle, plus ou moins
externe, dont on palpe l'extrémité inférieure ou
le bord antérieur crénelé Elle est mobile avec
la respiration, s'abaissant à l'inspiration. Cette masse est
mate à la percussion.
- Dans les volumineuses splénomégalies,
le pôle inférieur peut atteindre la fosse iliaque et dépasser
l'ombilic.
- Il faut mesurer la taille de la
splénomégalie sous le rebord costal et prendre un calque
qui servira de référence pour l'évolution.
C - EXAMENS COMPLEMENTAIRES
- Ils sont surtout utiles dans les
cas difficiles (ascite, obésité, masse de l'hypochondre
gauche d'origine indéterminée...) et permettent d'apprécier
la taille et la structure (homogène ou non) de la rate.
1. L'abdomen
sans préparation
- Simple ou après ingestion
d'eau gazeuse, l'ASP est d'un intérêt médiocre.
Il visualise l'ombre splénique refoulant les clartés digestives
et confirme les données de l'examen clinique.
2. L'échographie
abdominale
- De réalisation facile,
elle permet de visualiser la taille de la rate, d'étudier la
structure du parenchyme splénique et de rechercher l'existence
d'anomalies associées (hépatomégalie, adénopathies
profondes, signes d'hypertension portale) dont l'existence oriente le
diagnostic étiologique.
- On considère que la rate
est augmentée de volume lorsque 2 de ses dimensions sont anormales
[valeurs normales : 12 à 14 cm pour le grand axe (ou longueur),
4 à 8 cm pour l'axe transversal (ou épaisseur), 6 à
12 cm pour l'axe antéro-postérieur (ou largeur)].
3. Autres examens
- La tomodensitométrie est
rarement utilisée en première intention pour évaluer
le volume de la rate, cependant le scanner permet d'étudier la
structure de la rate et l'aspect peut orienter le diagnostic étiologique
(abcès, kyste, lymphomes), l'étude de la vascularisation
splénique peut donner des arguments en faveur d'une hypertension
portale, il permet la recherche d'adénopathies ou d'anomalies
intra-abdominales.
- L'étude isotopique a surtout
un intérêt fonctionnel, à savoir la recherche d'une
métaplasie myéloïde par injection d'indium 111.
- Les explorations radiologiques
vasculaires n'ont pas d'intérêt dans la démarche
diagnostique.
D - DIAGNOSTIC
DIFFERENTIEL
- Le problème se pose devant
une masse de l'hypochondre gauche qui peut faire discuter :
- un gros rein tumoral : masse
plus postérieure, fixée avec contact lombaire,
- tumeurs de la queue du pancréas,
de l'angle colique gauche de l'estomac, du lobe gauche hépatique
de la surrénale gauche ou du mésentère.
- Dans tous les cas, l'échographie
abdominale ou le scanner permettent de lever les incertitudes.
ETIOLOGIE
A - LES MALADIES
INFECTIEUSES
- Septicémies bactériennes
à pyogènes, endocardite infectieuse.
- Fièvre typhoïde, brucellose,
tuberculose des organes hématopoïétiques, rickettsioses,
syphilis secondaire.
- Infections virales : mononucléose
infectieuse, hépatites virales, infection à HIV, infection
à CMV, rubéole.
- Infections parasitaires : le paludisme
est la première cause de splénomégalie dans le
monde ; leishmaniose viscérale (Kala-Azar), bilharziose
d'invasion, kyste hydatique splénique, toxoplasmose, larva migrans,
distomatose.
- Mycoses systémiques : candidoses
hépato-spléniques.
B - LES HEMOPATHIES
- Toutes les hémolyses chroniques
(+++).
- Les hémopathies malignes
: leucémies aiguës, maladie de Hodgkin, lymphomes malins
non hodgkiniens, syndromes myéloprolifératifs (polyglobulie
de Vaquez, leucémie myéloïde chronique, splénomégalie
myéloïde, thrombocytémie essentielle, leucémie
myélomonocytaire chronique), hémopathies lymphoïdes
chroniques (leucémie lymphoïde chronique, maladie de Waldenström,
leucémie à tricholeucocytes).
C - LES HYPERTENSIONS
PORTALES
- Les blocs intra-hépatiques
: cirrhoses (éthyliques, post-hépatiques, cirrhose biliaire
primitive), granulomatoses (sarcoïdose, etc), bilharziose hépato-splénique,
maladie de Wilson, maladie veino-occlusive, fibrose hépatique
congénitale.
- Les blocs sus-hépatiques
: thrombose des veines sus-hépatiques (syndrome de Budd-Chiari),
insuffisance cardiaque droite.
- Les blocs infra-hépatiques
: thrombose portale, compression tumorale.
D - LES MALADIES
INFLAMMATOIRES SYSTEMIQUES
- Lupus érythémateux
disséminé, polyarthrite rhumatoïde (avec neutropénie
réalisant le syndrome de Felty), sarcoïdose, maladie de
Still (adulte ou enfant), maladie périodique.
E - LES MALADIES
DE SURCHARGE.
- Les dyslipoïdoses : maladie
de Gaucher, maladie de Nieman-Pick, syndrome des histiocytes bleu de
mer.
- Histiocytose X, amylose, hémochromatose.
F - LES SPLENOMEGALIES
"TUMORALES".
- Abcès à pyogènes,
kyste hydatique.
- Tumeurs bénignes : kyste
épidermoïde, lymphangiome kystique ou non, hémangiome
kystique ou non.
- Tumeurs malignes : secondaires
(métastases spléniques qui sont rares), primitives (angiosarcome,
fibrosarcome).
- Lymphomes.
CONDUITE
A TENIR
A - INTERROGATOIRE
ET CONTEXTE CLINIQUE
- L'interrogatoire précise
l'âge du patient, l'origine ethnique, la notion d'éthylisme,
des séjours en pays d'endémie parasitaire, des facteurs
de risque pour le VIH.
- Devant toute splénomégalie
fébrile, on doit éliminer une septicémie en
pratiquant des hémocultures et en recherchant une porte d'entrée.
Une polynucléose suggère une fièvre bactérienne,
une leuconeutropénie évoque une fièvre typhoïde,
une brucellose, une mononucléose infectieuse, une infection à
CMV ou d'autres viroses aiguës (sérodiagnostics).
- La recherche d'une valvulopathie
sera systématique par la clinique et l'échographie cardiaque.
La tuberculose des organes hématopoïétique est responsable
d'une fièvre avec altération de l'état général
et pancytopénie. Le paludisme sera évoqué au retour
d'un voyage en zone endémique (frottis sanguins, goutte épaisse).
Une grosse rate douloureuse et fébrile avec une importante hypergammaglobulinémie
polyclonale fera rechercher une leischmaniose : séjour en pays
méditerranéen, leischmanies à la ponction sternale,
sérodiagnostic.
- Cependant une splénomégalie
fébrile n'est pas synonyme d'infections et les hémopathies
malignes (leucémies aiguës, lymphomes) peuvent être
révélées par ce type de tableau tout comme certaines
maladies systémiques (lupus systémique, maladie de Still).
- La présence d'antécédents
éthyliques, d'une hémorragie digestive, d'une hépatomégalie,
d'une ascite avec circulation veineuse, collatérale oriente vers
une pathologie hépatique avec hypertension portale (mise
en évidence de varices oesophagiennes en fibroscopie ou de signes
d'hypertension portale à l'échographie).
- Une polyadénopathie
périphérique et/ou profonde orientera vers une hémopathie
maligne (leucémie aiguë, lymphome, Hodgkin, LLC, Waldenström.).
- Cependant on peut observer des
adénopathies et une splénomégalie au cours de viroses
(syndrome mononucléosique) au cours d'une sarcoïdose ou
d'une syphilis secondaire.
- Devant une splénomégalie
avec ictère, il faut évoquer une hépatopathie
(ictère à bilirubine conjuguée) ou une hémolyse
(ictère à bilirubine libre).
- L'examen cutané des muqueuses
peut orienter vers un lupus systémique (vespertilio, vascularite
cutanée), une sarcoïdose, une mastocytose (papules urticariennes
et pigmentées); une syphilis secondaire (éruption des
paumes et des plantes), une mononucléose infectieuse (angine
à fausses membranes), une hémopathie (purpura ou lésions
infiltrées).
- L'existence d'une splénomégalie
ou plus souvent d'une hépato-splénomégalie fébrile
doit actuellement, dans un contexte de déficit immunitaire constitutionnel
ou acquis, faire évoquer l'hypothèse d'un syndrome
d'activation macrophagique.
- Il s'agit d'un tableau assez stéréotypé
qui compte, outre la fièvre constante et une hépato-splénomégalie
fréquentes, l'existence de cytopénies diverses :
thrombopénie, leucopénie, anémie. Plusieurs arguments
biologiques évoquent l'activation des monocytes macrophages qui
est le dénominateur commun de ce syndrome : l'hypertriglycéridémie
sans hypercholestérolémie ; l'hypofibrinogénémie
sans signe de coagulopathie de consommation. Un argument souvent décisif
est apporté par le myélogramme qui montre des images d'hémophagocytose
avec des macrophages différenciés, phagocytant des globules
rouges, des plaquettes et des polynucléaires.
Ce syndrome peut
relever de causes très diverses. Il sera évoqué
par priorité en présence d'un déficit immunitaire
pré-existant, soit congénital : lymphohistiocytose familiale,
soit acquis : allogreffe de moelle ou d'organe, lupus, HIV.
Il peut s'observer également
indépendamment d'un déficit immunitaire pré-existant
au cours d'hémopathies malignes de type leucémiques ou
de lymphomes, surtout de type T. Une cause infectieuse immédiate
virale (EBV, CMV), bactérienne, fongique ou parasitaire à
l'activation macrophagique devra être systématiquement
recherchée. Il s'agit d'un tableau souvent très sévère
pouvant conduire à un décès rapide ou à
des régressions qui n'excluent pas la possibilité de récidive.
B - STRATEGIE
DES INVESTIGATIONS
- Quelques examens sont pratiqués
systématiquement afin de déterminer l'étiologie
: hémogramme complet avec numération des réticulocytes,
test de Coombs direct, dosage de l'haptoglobine, bilan hépatique
avec électrophorèse des protides, bilan inflammatoire.
1. Hémogramme
- La numération globulaire
est une aide précieuse pour le diagnostic des splénomégalies
en rapport avec une hémopathie (le dosage des réticulocytes
est indispensable).
- L'hématocrite élevée,
l'hyperleucocytose, l'érythromyélémie, l'hyperplaquettose
orienteront vers un syndrome myéloprolifératif.
- Une hyperleucocytose avec myélémie
fera rechercher une leucémie myéloïde chronique.
- La présence de blastes
circulants ou l'existence de signes sévères
d'insuffisance
médullaire conduiront à proposer un myélogramme
pour confirmer le diagnostic de leucémie
aiguë.
- Chez un sujet jeune, la présence
d'un syndrome mononucléosique oriente d'emblée l'enquête
vers une virose.
- Chez un sujet plus âgé,
la présence d'une lymphocytose absolue à petits lymphocytes
mûrs, celle de tricholeucocytes circulants, de lymphocytes encochés,
conduiront à un bilan de syndrome lymphoprolifératif.
- La présence de rouleaux
d'hématies avec pic à l'électrophorèse et
VS élevée conduira à une étude immuno-électrophorétique
du sérum.
- Outre le diagnostic d'hémolyse,
un test de Coombs positif oriente vers une hémolyse acquise,
des anomalies morphologiques érythrocytaires vers une hémolyse
congénitale.
- Une hyperéosinophilie fera
évoquer en premier lieu une parasitose.
- Mais des anomalies de la NFS peuvent
traduire une pathologie infectieuse, inflammatoire ou hépatique.
De plus, des cytopénies ne peuvent être dues qu'à
l'hypersplénisme.
2. Il faut rechercher
un syndrome inflammatoire biologique
- L'électrophorèse
des protides sanguins peut orienter vers un bloc b g
dans les cirrhoses, une hypogammaglobulinémie dans les syndromes
lymphoprolifératifs ou montrer un pic monoclonal.
3. L'échographie
abdominale
- Le caractère normal de
l'hémogramme ou des anomalies secondaires à l'hypersplénisme
incitent à poursuivre par la pratique d'une échographie.
Cet examen peut montrer :
- des signes évocateurs
d'hypertension portale (diamètre de la veine porte, veines
sus-hépatiques),
- des adénopathies évocatrices
de lymphome,
- des lésions kystiques
spléniques (kyste hydatique, polykystose hépatosplénique
et/ou rénale...).
4. Examen de
la moelle osseuse
- En l'absence d'orientation, l'examen
de la moelle osseuse par ponction (cytologie) et biopsie (histologie)
doit être systématique. Cet examen peut montrer une leucémie
à tricholeucocytes méconnue à l'examen du sang,
une infiltration médullaire lymphomateuse, une pathologie de
surcharge.
- L'étude des sous-populations
lymphocytaires circulantes et la découverte d'un pic monoclonal
feront parfois évoquer un lymphome splénique.
5. La biopsie
hépatique
- L'absence de diagnostic à
ce stade peut faire proposer une biopsie hépatique qui peut apporter
des arguments diagnostiques pour une amylose, une maladie de surcharge,
une granulomatose hépatique ou un lymphome.
- Il arrive cependant que toutes
ces investigations restent négatives, la décision d'entreprendre
une splénectomie à visée diagnostique doit tenir
compte du contexte clinique.
6. La splénectomie
- La décision d'une splénectomie
impose au préalable une vaccination antipneumococcique en raison
de la gravité des infections à pneumocoques chez l'asplénique.
Il faut prévenir l'anatomopathologiste et le microbiologiste
de la décision de splénectomie et du jour de l'intervention
chirurgicale. L'intervention confiée à un chirurgien entraîné
doit comporter une exploration complète de l'abdomen, une biopsie
hépatique et de toute adénopathie intra-abdominale.
- La pièce de splénectomie
est confiée aux anatomopathologistes pour une étude histologique
classique. L'histologie peut montrer un lymphome splénique primitif
une dyslipoïdose ou une tumeur primitive.
- Un fragment sera congelé
pour une étude histo-immunologique complète. Un fragment
sera adressé en microbiologie pour cultures avec recherche de
mycobactérie.
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