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TOXOPLASMOSE CEREBRALE CHEZ
UN SUJET INFECTE
PAR LE VIH
ETIOLOGIE
- La toxoplasmose cérébrale est liée à la
réactivation, au cours d'un déficit immunitaire acquis,
de kystes cérébraux latents de Toxoplasma gondii responsables
d'abcès cérébraux.
EPIDEMIOLOGIE
- La toxoplasmose est une infection parasitaire ubiquitaire, largement
répandue en France, puisque environ 70 % de la population adulte
possède des anticorps antitoxosplasmiques IgG, témoignant
d’une infection ancienne.
- La primo-infection - le plus souvent asymptomatique - se contracte
généralement dans l'enfance, par la consommation de viande
peu cuite, de végétaux, ou au contact d’animaux domestiques.
- La toxoplasmose cérébrale est la manifestation inaugurale
du SIDA dans environ 15 à 20% des cas. Bien que sa fréquence
diminue en raison de la prophylaxie, elle reste la première cause
d'infection opportuniste neurologique.
- Le risque de développer une toxoplasmose cérébrale
chez un patient VIH +, porteur d’anticorps antitoxoplasmiques, est significativement
plus élevé lorsque le taux de CD4 devient inférieur
à 150 /mm3. De très rares cas ont été
observés au cours d’une primo-infection toxoplasmique.
ABCES
INTRACEREBRAUX A TOXOPLASME (80%)
1. Clinique
- Tout signe neurologique survenant chez un patient infecté par
le VIH doit faire évoquer le diagnostic de neurotoxoplasmose
et impose la réalisation en urgence d'un scanner cérébral.
- L'installation des symptômes est généralement
progressive sur une dizaine de jours et peut comporter: céphalées,
confusion, convulsions partielles ou généralisées,
coma, agitation, signes de localisation (hémiparésie,
atteinte des nerfs crâniens, ataxie, aphasie, troubles sensitifs...).
Une fièvre autour de 38-38,5° est habituelle mais peut manquer
dans 1/3 des cas. Parfois, les signes d’hypertension intracrânienne
(céphalées, vomissements, troubles de conscience) sont
au premier plan.
2. Tomodensitométrie cérébrale
3. Apport de l'IRM cérébrale
- L'IRM est plus sensible que le scanner. Elle peut visualiser des images
anormales (hypersignaux) non détectées en TDM : elle sera
pratiquée en deuxième intervention en cas de normalité
du scanner.
4. Sérologie antitoxoplasmique
- Une sérologie antérieure positive témoigne de
la présence de kystes latents susceptibles de se réactiver
à l'occasion d'une immunodépression. Les variations éventuelles
du titre d'IgG n'ont pas de valeur diagnostique. Une sérologie
antérieure négative rend le diagnostic quasi-improbable
et doit régulièrement être recontrôlée.
5. Autres méthodes diagnostiques
- Une technique de PCR dans le sang ou le LCR est à l'étude,
mais n'est pas réalisée en routine.
- La ponction lombaire ne sera pratiquée qu'en l'absence d'anomalie
sur l'imagerie cérébrale, surtout dans le but d’un diagnostic
différentiel.
- Les anomalies du LCR au cours de la toxoplasmose sont inconstantes
et aspécifiques: hyperprotéinorachie modérée,
hyperlymphocytose discrète.
ENCEPHALITE
DIFFUSE A TOXOPLASME
- C'est une forme clinique de l'infection cérébrale à
toxoplasme, de diagnostic difficile, touchant des patients particulièrement
immunodéprimés.
- Il s'agit de lésions diffuses, non nécrotiques, liées
à la dissémination de nodules parasitaires.
- Les manifestations cliniques sont atypiques avec présence d'un
syndrome confusionnel, d’une épilepsie généralisée,
parfois d’un syndrome méningé et plus rarement de manifestations
focales.
- Le scanner et l'IRM sont normaux ; le diagnostic est fait par élimination
d'une autre cause (en particulier cryptococcose neuroméningée)
et la négativité du bilan doit faire débuter un
traitement d'épreuve.
AUTRES PATHOLOGIES
LIEES AU TOXOPLASME
1. Choriorétinite
- C'est en fréquence, la deuxième localisation de l'infection
à toxoplasme au cours du SIDA.
- Les signes fonctionnels (baisse de l'acuité visuelle), unilatéraux
le plus souvent, sont quasi-constants, à la différence
de l'infection à CMV.
- Le diagnostic repose sur le fond d'oeil (lésion couleur chamois)
2. Pneumopathie
- Rare, les manifestations cliniques sont comparables à la pneumonie
à Pneumocystis.
3. Hépatite, myocardo-péricardite, pancytopénie
4. Toxoplasmose viscérale disséminée
- Elle touche les patients ayant un déficit immunitaire très
profond.
- C'est une défaillance multiviscérale avec état
de choc.
- La mise en évidence du parasite est possible dans le sang,
le liquide de lavage alvéolaire, le LCR, la moelle osseuse.
DIAGNOSTIC
DIFFERENTIEL DE LA NEUROTOXOPLASMOSE
- Un diagnostic différentiel sera discuté en cas de sérologie
antitoxoplasmique négative, ou de prophylaxie par Bactrim®
correctement suivie, ou d’échec d’un traitement anti-toxoplasmique
après 2 semaines.
- La preuve diagnostique est fournie par la biopsie cérébrale
stéréotaxique jamais pratiquée en première
intention.
- On peut évoquer les diagnostics suivants :
- lymphome cérébral primitif : avec recherche d'EBV
par PCR sur le LCR. Au scanner, les lésions paraissent hétérogènes,
en pont, avec peu d’oedème périphérique,
- leuco-encéphalite multifocale progressive : avec recherche
du virus JC par PCR sur le LCR. L’IRM visualise des hypersignaux
diffus de la substance blanche,
- encéphalite à CMV, à VIH, HSV,
- cryptococcose neuro-méningée,
- tuberculose ou mycobactériose atypique.
EVOLUTION
- L'évolution est mortelle en l'absence de traitement. Sous traitement
précoce, l'amélioration clinique survient en 5 à
10 jours, mais 30 à 40 % des patients gardent des séquelles,
en particulier un ralentissement psychomoteur.
- La disparition des images radiologiques est obtenue en 4 à
6 semaines. Les rechutes étant inéluctables, une prophylaxie
secondaire est indispensable après le traitement d'attaque.
TRAITEMENT
CURATIF
1. En 1ère intention : sulfadiazine et pyriméthamine
associées
a) Posologie
- sulfadiazine : Adiazine® per os: 4 à 6 g/24
h,
- pyriméthamine : Malocide® per os: 50 mg/24
h après une dose de charge de 100 mg pendant 2 jours,
- durée 4 à 8 semaines.
- il n'existe pas résistance parasitologique documentée
à ce traitement,
- en cas de trouble de la déglutition, les comprimés
(seule forme disponible) seront administrés au moyen d'une
sonde gastrique.
b) Effets secondaires
- MalocideÒ : toxicité hématologique
par effet antifolique,
- AdiazineÒ : (surtout car sulfamide)
: leuconeutropénie, cytolyse hépatique, colique néphrétique,
allergie immédiate (urticaire, oedème de Quincke, choc
anaphylactique) ou intolérance retardée au 10ème
jour (fièvre, rash); rarement syndrome de Lyell,
- en cas d'intolérance à l'Adiazine®,
elle sera remplacée par la clindamycine DalacineÒ
: 2,4 à 4,8 g/24 h dont la tolérance digestive est médiocre
: nausées, vomissements diarrhées, voire colite pseudo-membraneuse
; seul médicament utilisable par voie intraveineuse.
c) Traitements associés
- acide folinique (LéderfolineÒ
, OsfolateÒ ) : 10 à 25 mg/j
(réduit l'hématotoxicité de la pyriméthamine),
- anti-oedémateux en cas d'hypertension intracrânienne
(MannitolÒ , corticoïdes),
- anticomitial : RivotrilÒ en cas
de crise , DépakineÒ en traitement
de fond,
- une alcalinisation des urines (eau de Vichy) est nécessaire
pour éviter la précipitation de la sulfadiazine dans
les voies urinaires,
- le traitement antirétroviral est habituellement interrompu
pendant la durée du traitement d'attaque pour limiter le cumul
des toxicités.
2. Autres schémas en cours de validation
- atovaquone (WellvoneÒ ) seule, pyriméthamine
(MalocideÒ ) + clarithromycine (ZeclarÒ
) ou azithromycine (ZithromaxÒ )
PROPHYLAXIE
1. Traitement préventif des rechutes (prophylaxie secondaire)
Indispensable à l'issue du traitement d'attaque.
- On utilise les mêmes médicaments à demi-dose :
- MalocideÒ 25 mg/j + acide folinique
25 mg 3 fois par semaine + AdiazineÒ
2 g/j ou DalacineÒ 1,2 g/j.
- L'association pyriméthamine - sulfadiazine prévient
aussi la pneumocystose.
- En cas d’intolérance aux sulfamides, l’association pyriméthamine-clindamycine
doit être couplée à un aérosol mensuel de
PentacarinatÒ pour prévenir la
pneumocystose.
2. Prophylaxie primaire
- Elle est indiquée pour tout patient dont le nombre de CD4 est
inférieur à 200/mm3 et dont la sérologie
antitoxoplasmique est positive. Seul le BactrimÒ
Forte 1 cp/j et à un degré moindre, l’association MalocideÒ
50 mg/semaine + DisuloneÒ 100 mg/j ont
démontré leur efficacité. En cas de sérologie
négative pour le toxoplasme, il est recommandé d'éviter
le contact des chats, de bien rincer les fruits et légumes et
de ne pas consommer de viande peu cuite.
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POINTS
FORTS
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- La toxoplasmose cérébrale
(TC) est une infection due à un parasite ubiquitaire,
Toxoplasma gondii touchant les sujets immunodéprimés
par réactivation. En France, la prévalence de
la toxoplasmose est proche de 70%, et sa contraction se produit
généralement dans l'enfance de manière
asymptomatique.
- Sa transmission se fait
par ingestion de viande peu cuite, de végétaux
mal lavés ou au contact des chats.
- Au cours de l'infection
à VIH, lorsque le taux de lymphocytes CD4 devient inférieur
à 150/mm3, la réactivation de kystes
cérébraux latents est à l'origine de la
TC.
- Bien que sa fréquence
ait diminué grâce à la prophylaxie, la TC
reste inaugurale de SIDA dans près de 15% des cas et
représente la première cause d'infection opportuniste
neurologique.
- Devant tout signe d'atteinte
du système nerveux central chez un patient VIH+, le diagnostic
de TC doit donc être envisagé et faire pratiquer
en urgence un scanner cérébral avec injection.
- L'image typique réalise
une opacité cerclée en cocarde associée
à un oedème périlésionnel pouvant
exercer un effet de masse.
- Plus de 95% des cas de TC
s'accompagnent d'une sérologie toxoplasmique positive
à IgG témoin de la réactivation.
- Sous traitement efficace,
l'amélioration clinique est obtenue en 1 semaine et la
disparition des images radiologiques en 4 à 6 semaines.
- Le traitement, urgent, repose
sur une association pyriméthamine + sulfadiazine ou clindamycine
par voie orale pendant 1 à 2 mois. Une prophylaxie antitoxoplasme
est indispensable: soit primaire (par cotrimoxazole) chez tout
patient VIH+ ayant moins de 200 lymphocytes CD4/mm3 et
une sérologie toxoplasmique positive, soit secondaire
après toute TC (par l'association initiale à
demi-dose).
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